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Gilles Rousseau  "la Vie en Soi"

Gilles Rousseau "la Vie en Soi"

Comment vivre en co-création avec la nature et en harmonie avec tous les êtres humains afin que nos différences deviennent des richesses à partager pour un monde d'Amour et de Tolérance.

La violence ou l'amour

La violence ou l'amour

Violence : une approche inattendue

 

Selim Aïssel

Connaître les trois forces à l'oeuvre

 

Selim Aïssel est un maître spirituel de la grande tradition soufie: la quatrième voie. Si vous n’êtes pas moine, ni fakir, ni yogi, la 4e voie est pour vous, c’est la voie de l’homme rusé, celle que Gurdjieff appelait la voie du travail (sur soi). Dans un chapitre, Selim Aïssel parle de la justification. Il faut apprendre à combattre les émotions négatives et ne pas les manifester envers les autres.

Qu’est-ce en réalité que la volonté ? C’est une force qui émane de soi et qui veut s’appliquer à changer quelque chose ou quelqu’un à l’extérieur de soi, une force qui entre en conflit et veut s’imposer à l’autre ou au monde, à une situation. Cette volonté - ce premier mouvement de celui qui veut - représente ce que l’on appelle la première force, la force d’affirmation qui cherche à s’imposer à l’extérieur de soi. S’il y a une première force, c’est qu’il existe nécessairement une deuxième force aussi. De façon très simple, nous pouvons en déduire que la deuxième force est ce qui entre en conflit avec la première, avec cette volonté qui s’affirme ; on l’appelle d’ailleurs force d’opposition ou force de négation. Ces deux forces sont toujours présentes, dans toutes les situations, obligatoirement, sinon rien n’existe. Cependant, si l’on en reste à ces deux premières forces, aucun événement, aucune situation ne peut se manifester, parce que sont en présence affirmation, négation et… paralysie ! Pour que quelque chose naisse de ces deux forces opposées, il faut en effet une troisième force : je veux quelque chose ; un certain nombre d’obstacles, de difficultés se présentent et face à eux, je trouve une solution. Pourtant, malgré ces trois composantes, dont la troisième est ce qu’on appelle la force de conciliation, l’être humain ordinaire reste dans un état conflictuel. Pourquoi ? Dès qu’il commence à bouger, à faire quelque chose, il entre dans un processus qui, à sa racine, est conflictuel : la volonté de l’homme ordinaire ne peut s’affirmer que dans le conflit parce que la guerre est inscrite dans l’être humain : il est fragmenté, tiraillé intérieurement. Et, par effet de projection, lorsqu’il veut quelque chose, lorsqu’il a un désir, une envie, un but, il considère le monde ou les autres comme des oppositions. La solution ensuite n’est liée qu’à la qualité des individus.

Telle est la volonté de l’homme ordinaire et elle le mène nécessairement au désordre, au chaos. Mais il peut, petit à petit, acquérir une volonté « réelle » où, malgré une puissance d’action évidente, il n’y a plus d’état conflictuel. Ce qui signifie aussi qu’il n’y a plus de perte d’énergie dans l’opposition, dans la guerre, dans le désordre et le chaos. Pour ce faire, il s’agit d’intégrer les trois forces simultanément, c’est-à-dire de comprendre que ces trois forces sont nécessaires, toujours et sans exception, pour que quelque chose se manifeste ; ensuite, tout simplement, il s’agit de devenir conscient de leur présence et de leur action dans toutes les situations de la vie. Pour la première force, il me faut affirmer d’autant plus clairement mes décisions, mes envies, après les avoir clarifiées et évaluées pour moi, après avoir posé devant moi très clairement mes buts ; c’est devenir de plus en plus conscient de ce que je veux vraiment, y avoir réfléchi, c’est voir, observer, comprendre, donc être conscient de ce que je veux. Ainsi donc, je ne peux comprendre réellement la deuxième force qu’à condition de poser la première, d’avoir compris, d’être conscient de ce que je veux, de ce que je désire, de mes buts… Si tout cela n’est pas clair, si la première force n’est pas clairement posée, je ne peux même pas avoir un début de compréhension de la seconde. Et il n’est pas étonnant que ma vie se passe alors dans un demi-chaos. La deuxième force, la force d’opposition, existe automatiquement, immédiatement, dès l’instant où je pose la première. Les deux forces sont liées, l’une ne peut pas exister sans l’autre, et elles s’opposent immédiatement. Exemple : si je dis “Je veux lever la main”, la deuxième force est là, celle qu’on appelle la force de gravité, qui va imposer une certaine résistance et me demander un effort pour lever cette main. Dans tout acte, ces deux forces sont déjà présentes, ce ne sont pas des éléments qui s’y surajoutent. Autre exemple, plus psychologique : vous êtes énervé, la deuxième force est déjà là, ce sont tous ceux que vous allez rencontrer et qui vous agacent déjà ! Evidemment, ceci n’a rien à voir avec eux ni avec ce qu’ils font ou ne font pas : la deuxième force est inscrite dans la première, c’est-à-dire qu’à travers la qualité de la première force que vous posez, un retour de la seconde est déjà inscrit. La deuxième force est déjà contenue dans l’état de la première. Encore un exemple : vous êtes pressé, donc tout le monde vous paraît trop lent.

La qualité de ce qui va s’opposer à vous dépend de la qualité de ce que vous posez comme première force, comme volonté, comme désir, comme envie. C’est pourquoi aussi on a pu dire que la qualité de ce que vous êtes attiré les événements que vous vivez. Et ça ne peut pas être autrement, aussi bien dans le monde matériel que dans le monde psychologique. C’est pour cela qu’on a pu également dire : changez-vous et vous changerez le monde ; votre monde, pour commencer, et peut-être le monde ensuite. Définissez bien la première force, et une fois que vous êtes conscient de vos désirs réels, vous pouvez commencer à réfléchir et à devenir conscient des forces d’opposition. Qu’est-ce qui s’oppose à vos buts, à vos désirs, à votre volonté ? Quand vous êtes conscient de ces deux forces, vous pouvez voir la troisième, vous pouvez trouver la solution, la conciliation. Plus précisément encore, vous ne la trouvez pas, elle s’impose à vous naturellement, elle naît spontanément, elle devient une évidence. La troisième force vous donne la solution, elle est la solution ; il suffit de l’appliquer souvent et c’est bien plus facile que de rester uniquement dans la première force, celle qui veut s’imposer au monde et aux autres.

 

Mais que se passe-t-il souvent à cette étape ? La solution qui s’impose n’est pas celle qu’on prévoyait au départ. Pouvez-vous imaginer combien d’échecs vous auriez pu éviter en sachant qu’il y a toujours trois forces et que les autres et la vie vont dans la direction de la troisième force et non pas de la première ? Combien de déceptions évitées si vous aviez laissé la solution s’installer naturellement, sans lutter contre la force d’opposition pour imposer vos désirs ? Lorsque ce processus inévitable est correctement intégré, que se passe-t-il ? On réévalue la première force et on y renonce, ou tout au moins on la recadre, en comprenant par confrontation au réel que notre première volonté était stupide ou infantile ou irréelle, et en décidant d’agir au mieux des circonstances et de nos possibilités. Ceci devient tellement évident à ce moment-là que la volonté agit naturellement et qu’on peut aisément passer à autre chose. Peut-être qu’auparavant, il faut s’être heurté pendant longtemps à l’opposition. Mais petit à petit, la transformation a lieu, parce qu’il s’agit d’un processus de maturation, vous mûrissez, et plus vous mûrissez, plus la manifestation de la force de conciliation devient facile.

 

Voilà comment on passe de la volonté ordinaire, conflictuelle, agressive, violente, à une volonté de qualité supérieure, unifiante, conciliante, consciente de ce qu’il faut affirmer, de ce qui va s’opposer et de la conciliation des deux, une volonté qui perçoit immédiatement l’acte dans sa globalité. Non pas en conflit (ce n’est pas moi qui vais imposer ma volonté à quelqu’un) mais dans la complémentarité : je pose un but et je perçois l’opposition comme ce qui va permettre la réalisation de mon but, et à un meilleur niveau que ce que j’imagine, dans une forme de conciliation adaptée au réel. Ce sera une volonté non pas bornée, rigide, dure, mais adaptable, flexible (ce qui ne l’empêche pas d’être ferme), intelligente, empreinte souvent aussi d’une forme de douceur, douceur qui n’enlève rien à sa force de manifestation. Mais vous avez été éduqué à croire que la volonté est quelque chose qui s’impose, parfois même qui écrase, qui élimine… Ça, c’est la volonté qui conduit aux guerres et aux conflits, une volonté sans amour. C’est ainsi en général qu’au quotidien, les gens s’opposent les uns aux autres. Pourquoi ? Parce que vous, qui êtes la force d’affirmation, avec vos désirs, vos envies, vos attentes, vos exigences, ne tenez pas compte de la deuxième force. C’est-à-dire que vous ne comprenez pas, vous n’essayez pas de vous mettre à la place de l’autre, de faire ce que nous appelons de la “considération extérieure”. Dès que vous, première force, essayez de comprendre l’autre, deuxième force, avec sa façon de penser, de ressentir, d’agir – qui peut vous être agréable ou désagréable, peu importe – tout de suite se met en place de façon naturelle la troisième force, la force de conciliation. Auparavant, tant que vous restez avec vous-même, avec vos exigences, vos désirs à vous, vos pensées et vos émotions à vous, il ne peut y avoir qu’opposition et conflit.

Beaucoup d’entre vous sont bien intentionnés, ils voudraient arriver à la paix avec les autres, à l’harmonie avec les autres. Mais en restant ce qu’ils sont et en ne voulant même pas comprendre les autres ! Et ils se disent tolérants ! Mais la tolérance sans la compréhension ne vaut rien, c’est elle qui mène aux guerres et aux conflits ! Je ne peux pas me dire tolérant en étant indifférent vis-à-vis de l’autre, en me disant : “L’autre fait ce qu’il veut et moi, je fais ce que je veux ! La véritable tolérance naît de la compréhension des lois qui mènent l’univers, par exemple la loi des trois forces à l’œuvre en toute chose et qu’on appelle loi de la triade ; elle naît de la compréhension de la nécessité de la deuxième force. Et dans le cadre des relations humaines, cela signifie se mettre à la place de l’autre, réellement essayer de le comprendre. De là naît la conciliation, l’amitié, l’amour réel entre les individus. Sinon, c’est impossible. Même dans une école comme celle-ci !

 

Ce n’est pas avec “les bons sentiments” qu’on change le monde. On change le monde avec ce que j’appelle la compassion active. Active, active de l’intérieur : il faut que je fasse quelque chose pour que naisse la compassion, la tolérance, l’amour. Il faut que je comprenne et que je devienne conscient des forces qui animent les autres et le monde. Sinon rien ne se passe. Sinon on continue à faire comme on fait depuis des millénaires : on croit pouvoir changer en réfléchissant aux choses, en inventant des théories et en ayant de bons sentiments qu’on n’arrive jamais à porter très loin. Il suffit qu’arrive l’opposition extérieure pour que l’opposition intérieure se manifeste, et c’est la guerre. Malgré les meilleurs sentiments du monde ; et ce, dans les couples comme entre les nations.

 

 

Selim Aïssel transmet son Enseignement dans le cadre des Ecoles de Psycho-Anthropologie. Pour plus d’infos :
EPA, 102 rue de la gare, F-57800 Béning les Saint Avold

 

Source : http://www.meditationfrance.com/archive/sagesse/2006/1201.htm

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